the story of my life.'' Allô maman papa bobo .. ''
«
Alyenorin, ne fais donc pas l'enfant ! » Une énième injection. La petite de six ans ne supportait plus cette vie, et toutes ces expériences dont elle ne comprenait pas le sens. Esclave d'une folie qui la dépassait. «
.. mais papa .. les autres, ils font pas ça ! » Protestation verbale, pourtant elle tend le bras, offre une veine à cette aiguille sans chercher plus loin. Elle l'aime, son père, il est son modèle, le seul adulte qui s'occupe vraiment d'elle, ainsi sa rébellion s'avère diminuée. «
Les autres ne réussiront pas dans la vie. Toi, tu seras parfaite. » Voilà ce que voulait Zayne Warhol, que sa fille soit parfaite, qu'elle soit réellement sa création. Elle avait déjà ses yeux, son sourire malicieux, elle aurait également son intelligence et bien plus encore. Fou ? Mais Warhol ne s'était jamais considéré comme fou. Il ne songeait pas même aux risques qu'il faisait courir à la brunette, après tout.. pas de génie sans grain de folie, n'est-ce pas ? «
Comme maman ? » «
Tais-toi donc et file à l'école, maintenant. »
Ҩ
«
Norin' sérieux, range ça ! » La petite créature se faufilait sur le sol, tranquillement, avec la vivacité de son espèce, toutes pinces dehors, et la gosse était fascinée. Littéralement fascinée. «
Alors, je suis toujours une pauvre trouillarde, Gibbs ? » Le garçon ne lâchait pas le scorpion des yeux, reculait comme il le pouvait. «
Pauvre folle oui ! Comme ton père ! » Colère. Alyenorin ne supportait pas que l'on critique son père, après tout ce qu'il faisait pour elle.. car elle avait tout, toujours tout ce qu'elle voulait, si elle se pliait à ses désirs étranges de substances aux noms compliqués. «
Tu sais, Oz n'aime pas trop qu'on se moque de moi.. regarde, il s'accroche déjà à ton pull.. tu savais que les neurotoxines d'un scorpion tel que celui-ci peut entraîner la mort en quelques heures ? » Pause. Effacée la banale enfant, bonjour la malicieuse à la mémoire remarquable. Elle retenait toujours ce qui l'intéressait. Toujours. Son vocabulaire, qu'elle feintait comme étant réduit, était en vérité assez développé sur certains sujets, surtout quand il s'agissait de proférer des menaces. Faire peur, c'était diablement amusant. «
Rappelle-le.. rappelle-le j'te dis ! » Le rythme cardiaque du garçon s'accélérait, son souffle aussi. La bestiole sentait sa peur, et lorsqu'il tenta de l'éjecter du col de son pull, c'est le dard qui vint rencontrer son cou. «
Trop tard.. » Rire amusé. Elle a récupéré la bestiole et s'en est allée.
Ҩ
Un long baiser langoureux, les bras entourant la nuque d'un homme, les cheveux longs tombant sur ses épaules et une chute de reins incomparable moulée dans un costume noir et argent. L'image est artistique, accroché à un trapèze, le couple se lie et se délie, virevolte gracieusement. Elle se penche en avant, il glisse vers l'arrière. Pas de filets sous le chapiteau. Le corps masculin s'élance dans le vide et s'écrase lourdement sur le sol. Terreur dans le public. Rire de la princesse à l'égyptienne. Le scorpion tissé d'or sur le noir de ce qui ressemble à un court tutu voilé sur la combinaison extrêmement moulante de la belle brille sous les éclairages. Selkis descend de son perchoir, retombe dans un joli salto sur le sol, à côté du prince pris de convulsions. Que c'est triste, que c'est douloureux, semblent penser les personnes alentours. Elle n'en fait pas cas, passe dans les coulisses, remplaçant au passage les ballerines par des chaussures à talons, fermées, se fondant parfaitement dans la continuité de sa tenue : argent à droite, noir à gauche. «
Alyenorin, que s'est-il passé ?! » Elle s'arrête, se retourne, observe l'un des acrobates de la troupe. Sourire charmant, malicieux. Elle est toujours malicieuse. «
Un accident.. un terrrrible accident. Tu m'en veux pas, dis ? Papa m'attend, je dois y aller. Plus plus, darling. » Doigts fins remués pour dire au revoir, baiser invisible soufflé de loin, elle s'en va, le pas lascif et le coeur léger. Douce adrénaline.
Ҩ
«
Tu l'as tué ! Tu l'as tué ! Pourquoi ?! » La force décuplée par la colère, Alyenorin plaque l'acrobate contre la paroi du mur de la villa. Il ne comprend pas ce qu'il se passe, parce qu'il ne l'a jamais vue dans un tel état. Ses yeux bleus sont meurtriers, son sourire s'ouvre à un sadisme naissant, elle n'est pas prête de le lâcher. Quelques temps dans un charmant asile n'ont pas arrangé ses psychoses. Ils pensaient tous pouvoir la sauver en l'éloignant de son cinglé de père, mort dans un véritable accident, alors qu'il tentait une nouvelle expérience.. elle n'y a jamais cru, accusant son ami de toujours d'avoir été jaloux de son bonheur.. mais à l'époque elle semblait tellement normale, un tant soit peu fragile, un tant soit peu insouciante, mais de là à revenir, de là à le trouver ici pour l'étrangler.. «
Je n'ai rien fait, Alyenorin, rien ! Il s'est empoisonné ! » «
Mensonge ! » Les doigts serrent plus fort encore. Un doux poison se répand dans le malheureux corps de cet homme qui ne désirait que son bien. Et ce sourire, ce sourire en coin qui le faisait fondre n'est plus que l'image de sa terreur. «
Je voulais t'aider.. » «
Je n'avais pas besoin d'aide. J'avais tout, tout ! Et tu m'as tout enlevé.. maintenant tu vas souffrir.. » La dernière image qu'il vit avant de s'effondrer ? Ce foutu costume noir et argent.. et ce scorpion sur la jupe.. cet horrible scorpion luisant d'un or trop pur..
Ҩ
La nuit lui appartenait désormais. Seule, héritière d'une certaine fortune et d'une folie certaine, elle se baladait dans l'obscurité, après les spectacles, pour voler quelques bijoux ou s'amuser à rendre les autres fous.. elle, cinglée ? Jamais de la vie.
Un peu allumée, je vous l'accorde. vous dira la funambule sur un toit, si vous la croisez.